5 août 2026

MCP Pennylane et secret professionnel : ce que le connecteur officiel ne règle pas

Pennylane édite désormais son propre connecteur MCP. Brancher un assistant IA sur une comptabilité prend désormais deux minutes, sans clé d’API, avec l’aval de l’éditeur. La question va donc se poser dans tous les cabinets, et plus vite qu’on ne le croit.

Une lecture rapide de l’annonce pourrait laisser penser que le tampon officiel règle les réserves qu’on émettait jusqu’ici. Ce n’est pas le cas. Il règle une partie du problème technique, et il n’en règle aucune du problème déontologique. Il en crée même un nouveau.

Cet article ne remplace pas l’avis de votre Ordre régional, et n’est pas un conseil juridique. Il décrit ce que le connecteur fait réellement, ce qu’il ne fait pas, et les précautions que nous appliquons chez nos clients.

Ce que le connecteur officiel améliore vraiment

Il faut lui reconnaître ce qu’il apporte, parce que c’est réel.

Plus de clé d’API à créer, ni à stocker, ni à faire tourner. C’était le point faible des connecteurs communautaires : une clé, souvent à droits larges, copiée dans un fichier de configuration sur le poste d’un collaborateur. Ce vecteur de fuite disparaît. L’authentification passe par OAuth, dans le navigateur, comme une connexion normale à Pennylane.

Un périmètre choisi ligne par ligne. L’écran d’autorisation liste chaque catégorie de données séparément : les clients, les factures, les journaux, les écritures, la balance, les déclarations de TVA. Rien n’est coché par défaut. Vous accordez ce que vous voulez et rien d’autre.

Un accès révocable et tracé. Couper l’accès se fait depuis Pennylane, sans dépendre du poste de qui que ce soit.

Un serveur opéré par l’éditeur. Il n’y a plus de tiers inconnu entre votre comptabilité et l’assistant. C’est probablement le gain le plus important pour un cabinet, parce qu’il supprime un intermédiaire qu’on ne savait pas auditer.

Nous détaillons l’installation pas à pas dans notre guide du connecteur MCP officiel Pennylane.

Ce qu’il ne change pas

Aucun de ces progrès ne touche au fond du sujet, pour une raison simple, et Pennylane l’écrit noir sur blanc dans sa documentation : connecter le serveur MCP signifie que les données de votre compte sont partagées avec le fournisseur d’IA tiers dont vous utilisez l’assistant. Les conditions applicables deviennent alors celles de ce fournisseur, pas celles de Pennylane.

Autrement dit, la donnée sort. Elle sortait hier par un connecteur communautaire, elle sort aujourd’hui par un connecteur officiel, et elle sort vers le même endroit.

Le secret professionnel auquel vous êtes tenu ne s’apprécie pas à la qualité technique du tuyau. Il porte sur la donnée elle-même et sur son destinataire. Trois obligations restent donc entières, exactement comme avant l’annonce.

L’accord du client. Exposer son dossier à un service tiers relève de sa décision, pas de la vôtre. Un accord écrit, mentionnant le service concerné, n’est pas une précaution excessive : c’est ce qui vous protège si la question se pose un jour.

L’analyse du cadre contractuel. Celui du fournisseur d’IA, pas celui de Pennylane. Et surtout celui de l’offre que vous utilisez réellement, qui n’est pas toujours celle que vous croyez : les conditions d’un abonnement professionnel et celles d’un compte gratuit n’ont rien à voir en matière de réutilisation des données.

Votre propre analyse RGPD. Un transfert vers un nouveau destinataire reste un transfert, quel que soit le sceau posé dessus.

Le Conseil national de l’ordre met à disposition une notice sur l’usage de ChatGPT en cabinet ainsi qu’un modèle de charte adaptable. Ces documents restent valables : rien dans cette annonce ne les périme.

Le risque nouveau : la facilité

C’est le point que nous n’avons vu écrit nulle part, et c’est celui qui devrait vous préoccuper le plus.

Jusqu’ici, brancher une IA sur une comptabilité demandait de générer une clé, d’installer un serveur, de comprendre ce qu’on faisait. Cette friction jouait un rôle de filtre. Elle écartait de fait ceux qui n’avaient pas mesuré les implications.

Ce filtre a disparu. Deux minutes, une adresse à coller, un écran d’autorisation, et c’est branché. La compétence technique n’est plus une barrière, et le badge officiel désamorce la méfiance spontanée.

Regardez maintenant la liste des autorisations demandées.

Écran d'autorisation Pennylane listant les accès MCP, dont Lister les entreprises de vos cabinets
Troisième ligne de la liste : « MCP : Lister les entreprises de vos cabinets ».

Cette autorisation-là mérite qu’on s’y arrête. Elle donne à l’assistant la visibilité sur l’ensemble du portefeuille de dossiers du cabinet. Combinée au bouton « Tout sélectionner », qui est juste au-dessus et que tout le monde utilisera par réflexe, elle expose en un clic ce que vous n’auriez jamais accepté d’exposer dossier par dossier.

Le scénario ne demande aucune malveillance. Un collaborateur curieux, une démonstration en réunion, un test « pour voir ». Personne n’a décidé quoi que ce soit, et le portefeuille est parti.

Pour le détail technique de ce que l’API expose, et notamment la distinction entre Company API et Firm API qui concerne directement les cabinets, voyez notre guide de l’API Pennylane.

La marche à suivre

Cinq points, dans cet ordre.

  1. Décidez avant de brancher. Qui, dans le cabinet, a le droit de connecter un assistant à un dossier ? Si la réponse est « tout le monde », vous n’avez pas de règle, vous avez un incident en attente.
  2. Vérifiez l’offre d’IA réellement utilisée. Les conditions de traitement diffèrent radicalement entre un abonnement professionnel et un compte personnel. C’est le point que les cabinets vérifient le moins et qui compte le plus.
  3. Montez sur un dossier de test. Jamais sur un dossier réel pour un premier essai.
  4. N’accordez que le nécessaire. Décochez « Lister les entreprises de vos cabinets » si l’usage porte sur un dossier. Décochez les déclarations fiscales si la question porte sur la trésorerie. Le bouton « Tout sélectionner » est un piège de confort.
  5. Obtenez l’accord écrit du client avant tout usage sur son dossier, en nommant le service concerné.

Une septième règle, plus banale mais qui sauve des situations : tout chiffre destiné à une décision, à une déclaration ou à un tiers se revérifie dans Pennylane avant usage. L’assistant lit la donnée réelle, mais il interprète votre question, et une question ambiguë produit une réponse juste à une autre question que la vôtre.

Faut-il s’en priver ?

Non. L’outil est utile, et le refus de principe n’a jamais empêché personne d’utiliser un service depuis son poste, sans le dire à personne.

Ce qui distingue un cabinet qui maîtrise le sujet d’un cabinet qui le subit n’est pas l’interdiction, c’est la règle écrite. Qui peut brancher quoi, sur quel périmètre, avec quel accord client. Une demi-journée de cadrage, et la question est réglée pour l’année.

C’est aussi, accessoirement, ce qui vous permettra de le proposer à vos clients plutôt que de le découvrir chez eux.

Questions fréquentes

Le connecteur officiel dispense-t-il de l’accord du client ?

Non. La documentation de Pennylane précise que les données du compte sont partagées avec le fournisseur d’IA tiers, et que les conditions applicables sont les siennes. L’origine officielle du connecteur ne modifie ni le secret professionnel ni les obligations RGPD du cabinet.

Un assistant IA peut-il modifier une écriture via le MCP ?

Non. Pennylane documente le serveur comme étant en lecture seule, l’écriture étant annoncée pour une version ultérieure. Chaque outil demande par ailleurs une approbation à son premier appel, ce qui laisse la main au collaborateur.

Quel abonnement Pennylane faut-il ?

Une offre payante Essentiel ou supérieure. Les offres Free, Starter et Basic ne sont pas éligibles. Côté assistant, un abonnement peut également être requis selon l’éditeur.

Le connecteur voit-il tous les dossiers du cabinet ?

Seulement si vous accordez l’autorisation « Lister les entreprises de vos cabinets ». Elle figure dans la liste et se décoche. L’assistant hérite par ailleurs des droits exacts du compte utilisateur : il ne verra jamais un dossier auquel celui-ci n’a pas accès.

Existe-t-il un modèle de charte pour encadrer l’usage en cabinet ?

Le Conseil national de l’ordre met à disposition un modèle de charte adaptable ainsi qu’une notice sur l’usage des assistants IA en cabinet. C’est le point de départ à privilégier, à compléter par les règles propres au connecteur décrites plus haut.

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